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James Jr Olsen Nom : Olsen

Prénom : James Jr

Surnom : Ulanthka, Varden

Age : 22 ans

Taille : 1,70m

Profession : Shadowrunneur

Situation familiale : Célibataire

Domicile : Un deux pièces sur le district de l‘Université, dans Downtown

«Mr et Mrs Olsen
11 rue des pavillons fleuris
New York City

Bonjour Papa et Maman,

J'espère que vous allez bien. Je suis bien arrivé à Seattle, et j'ai pu me trouver à me loger sans trop de problème à côté de l'université. Des élèves des années supérieures m'ont prévenu que pour bizuter les nouveaux, certains s'amusaient à remplir nos boîtes aux lettres de mousse à raser, alors je préfèrerai que vous continuiez à m'écrire à la boîte postale que je vous ai indiquée.

Les cours commenceront la semaine prochaine, je profite de ces moments de repos pour rattraper mon retard dans certaines matières et rechercher un travail qui me permettra de compléter ma bourse. Je vous tiendrai au courant.

A bientôt,

Jimmy»

Je relis cette lettre, en espérant que mes parents ne flaireront pas les tissus de mensonge qu'elle contient. Mais bon, je ne vais pas leur avouer la vérité maintenant, elle leur ferait trop de mal. Si seulement je n'avais pas à leur mentir, si je pouvais être un étudiant ordinaire de l'université, si seulement Ares n'avait pas coulé l'entreprise de mon père...

Mon regard se perd dans le passé, regardant sans les voir l'étagère de fer blanc contenant mes provisions et mes effets personnels, le mini-four- microondes-réhydratant, la peinture craquelée, la fenètre réparée par un morceau de carton...

Il n'y a pas encore si longtemps, mon père était propriétaire d'une petite entreprise qui construisait des armures de combat, «parce qu'une bonne défense est toujours plus importante qu'une bonne attaque». Il m'avait emmené un jour pour l'inauguration de son laboratoire de ErréDé, comme je l'appelais à l'époque. Mon père n'était pas peu fier et m'avait expliqué qu'il avait enfin assez d'argent pour créer ses propres produits sans passer par les corporations. Il souriait, son bonheur et celui de notre famille semblaient assurés...

Deux ans plus tard, mon père s'est mis à rentrer de plus en plus tard. Il est même arrivé en retard à mon anniversaire, mais, malgré sa nervosité et sa fatigue, il avait tenu à aller lui-même acheter mon cadeau, un casque et des gants tactiles pour mes jeux vidéos. Ma mère lui avait dit que c'était une folie, nous étions aisés mais nous ne roulions pas sur l'or. Il l'avait rassuré car lui et son équipe avaient enfin mis au point une nouvelle armure efficace et reproductible sur de grandes chaînes de productions.

Six mois plus tard, l'entreprise avait fait faillite, Ares ayant manipulé le cours de la bourse de façon à la racheter à bas prix, le nouveau prototype en prime. Peu de temps après, nous avons dû déménager, car le salaire de ma mère, professeur de chants, ne suffisait pas à couvrir tous nos frais. Des huissiers sont venus nous prendre tout ce qui avait de la valeur, et la plupart de mes jeux en faisait partie, tout comme les bijoux de ma mère, la voiture de mon père, la maison, les meubles de mes grands-parents. Mon innocence est partie avec.

Mon père mit quelques temps à se remettre de ce «coup du sort» et à rechercher un nouveau travail. Dès qu'il en eut retrouvé un dans l'administration, il s'est mis à promettre à ma mère et à moi que tout redeviendrait comme avant, qu'il racheterait des objets encore plus beaux, encore plus chers.

Mais je voyais surtout sa fatigue et celle de ma mère, ils se tuaient à leur travail pour que je puisse avoir une vie de rêve, des vêtements neufs, les derniers objets à la mode. Je n'avais qu'à demander ! Je n'ai pas pu, pas voulu leur faire ça, j'ai tout rejeté en bloc lors de ma crise d'adolescence. Je suis devenu un asocial, récupérant de vieux habits usés pour que mes parents arrêtent de m'habiller en fashion victim, j'ai voulu rater mes études, pour qu'ils évitent de penser à m'envoyer à l'université.

J'avais perdu tous mes repères car mes parents ne réagissaient pas comme je l'escomptais, dans mon échec, ils croyaient que c'était parce que je n'étais pas assez gâté, ils s'enfermaient donc dans le travail, un vrai cercle vicieux.

Heureusement, deux rencontres ont changé mon destin, pour le meilleur et pour le pire.

Après avoir redoubler deux fois ma quatrième, mes parents ont réussi à me faire passer en troisième et j'ai rencontré Grizzli. Ce petit gars au crâne rasé faisait partie des Red Rockets et il s'était aperçu de ma capacité à me fondre dans le décor et à «emprunter» discrètement des rabs à la cantine. Il s'était fait exclure plusieurs fois, pour des motifs divers et variés.

Je suis arrivé en troisième au moment où il redoublait encore une fois cette classe. Le prof était prévenu de nos cas, et nous avait assigné au fond de la classe. Grizzli m'avait jaugé du regard, et m'avait foutu la paix. Je ne sais plus au juste comment est né notre amitié, peut-être que c'est parce qu'un jour, j'ai balancé sa cam' par la fenêtre au moment où le dirlo convoquait tous ceux qu'il suspectait de se piquer.

Je me souviens encore, Grizzli était furieux de ne pas la retrouver, il m'avait plaqué contre le mur en me promettant les pires souffrances si je ne lui disais pas où elle était. Mais, à ce moment-là, le dirlo s'est pointé et l'a embarqué. Tout blanc qu'il était, le Grizzli.

Quand il est revenu en classe, il m'a regardé «dormir». A vrai dire, j'avais balancé sa cam' car elle me menaçait aussi, vu que ceux qui dénonçaient pas étaient aussi convoqués puis exclus par le dirlo, voir emmener au commissariat, pour «l'exemple». Mais, à ma nouvelle école, valait mieux pas balancer si on ne voulait pas avoir affaire aux Red Rockets. Bref, il était là, le Grizzli, ne sachant pas trop si c'était moi le responsable de la disparition de la cam', et s'il devait ou non me remercier.

A la fin des cours, j'ai rassemblé mes affaires, et, profitant du brouhaha, il m'a demandé si je savais où était passée le sac plastique qui traînait d'habitude dans son manteau. Je l'ai regardé puis j'ai regardé calmement par la fenêtre en lui balançant un vers de mon auteur préféré : «Le vent de la destinée souffle toujours et emporte tout sur son passage». Je l'ai regardé de nouveau, et, voyant qu'il avait compris, je suis parti faire l'un des petits jobs qui me permettaient de me faire de l'argent de poche.

Le lendemain, le Grizzli s'est pointé en cours et, à la pause, m'a demandé mon nom. Comme je le regardais sans répondre, d'un air de lui demander «Qu'est-ce que cela peut te foutre ?» mais pas trop agressif non plus, il a fini par me dire : «Ecoutes, je te dois une fière chandelle, et mon boss voudrait te rencontrer, histoire de voir comment on peut payer notre dette. Dans une semaine, si t'as envie de venir voir, rendez-vous au skate park au coucher du soleil. Le cours a repris, et je me suis remis en position pour dormir, bras croisés sur la table et ma tête par dessus, mais mes pensées étaient bien trop agitées pour que j'arrive à dormir...

Quelques jours plus tard, il est de nouveau exclu, je ne sais plus trop pour quoi, le dirlo n'avait pas réussi à le coincer pour la cam', alors il l'avait épinglé à propos de pneus que des vandales lui avaient crevés, à ce qu'il paraît. Je me rappelle avoir pensé la veille au soir que c'était dommage, il ratait ainsi le seul moment sympa de l'année, à savoir, une sortie dans le domaine forestier d'à côté. Je me suis endormi, et, pour la première fois depuis longtemps, je me suis mis à rêver.

Dans mon rêve, j'étais dans la forêt, et, autour de moi, le vent faisait bruisser doucement les feuilles des arbres. Tout semble calme, sauf que je suis mal à l'aise. A un mètre devant moi, des silhouettes floues ramassent des pierres et les lancent sur un raton laveur pris au piège. Une pierre vole et percute l'épaule de l'animal sans défense et son cri me déchire le coeur. Alors qu'une silhouette arme son bras, je lui attrape le poignet avec la main droite et, en faisant pivot avec ma main gauche sur son épaule, je l'envoie valdinguer dans les jambes d'un de ses compères. Pendant l'instant de flottement que produit mon intervention, je me place en rempart devant le raton laveur et remonte mes manches prêt à en découdre.

Mais mes deux ans de plus m'ont fait grandir et la plupart de mes camarades de classe ne m'arrivent pas à l'épaule, et ils déguerpissent sans demander leur reste. Je m'agenouille près de l'animal et nos regards se croisent. Je me sens en paix, calme, face à cette bête sauvage. Ces yeux marrons, pleins de chaleur et de vie, me donnent l'impression de plonger dans un puits sans fond, rempli d'étoiles...

Je me réveille en sursaut, mon réveil affiche 7:07, je suis en retard ! Je me jette dans mes vêtements et récupère mon déjeuner avant de courir pour arriver à rattraper le car. «Alors Olsen, tu as encore oublier de mettre ton réveil ?» demande Waine, l'un des caïds de la classe, avant de ricaner méchamment. Je me contente d'éviter ses jambes, et m'installe au fond, près du pion pour pouvoir somnoler tranquille.

On arrive enfin dans la forêt, et, la classe s'égaille comme une volée de moineaux. Je pars de mon côté, chaque année, nous venons au même endroit et je commence à bien connaître le coin. Je me dirige vers une petite mare que j'ai repérée la dernière fois et qui est souvent trop éloignée pour que les autres y aillent.

Mais, depuis que j'ai passé la lisière du sous-bois, une étrange impression de déjà-vu me trouble. Alors que «mon» chemin part sur la droite, un éclat de voix me fait tourner d'un coup à gauche. Peu à peu, les voix deviennent compréhensibles : «J'l'ai eu, le bestiau, z'avez-vu ?» «Vas-y Waine, t'es le meilleur !»

Je débouche alors sur une petite clairière, et, comme dans mon rêve, le raton laveur tire sur sa patte piégée dans le piège à loup pour éviter les pierres lancées par Waine et ses séides. Alors que je doute encore d'être en train de rêver, à ce moment précis, le raton laveur se prend une pierre dans l'épaule, lancée par le second de Waine : «Prends-toi ça, sale bestiau !». Tout raisonnement me quitte dans le cri du raton laveur. Je vois Waine armer son bras et ma main agrippe son poignet. Son regard ahuri se tourne vers moi tandis que je l'envoie valser, son poids faisant tomber son second. Je me retrouve entre le raton laveur et le dernier séide, prêt à le frapper s'il tente de prendre une pierre ou de me charger.

« Ma jambe ! Ma jambe !, gémit le second, elle est foulée ! - Qu'est qui te prend, connard ? T'as envie qu'on te dessoude ?» me balance Waine, qui se relève péniblement. Je ne lui réponds pas, car, jusque-là, je me suis bien gardé de le provoquer, lui et son groupe. Je me suis mis en mauvaise posture, c'est clair, alors je décide de ne pas la ramener et me prépare à me battre.

Heureusement pour moi, le second continue à gémir et Waine se penche vers lui, et lui crie de se relever. Mais, à la seconde où il se lève, il manque de s'effondrer et Waine est obligé de le soutenir. «On se retrouvera, Olsen», me menace Waine, avant de faire signe à son gars de s'éloigner tout en me surveillant.

J'attends qu'ils soient hors de vue avant de baisser ma garde. Je me tourne alors vers le raton laveur et mon doute revient. Qu'est-ce qui m'a pris ? Je n'ose pas croiser son regard. Mais, au moment où je m'accroupis auprès de lui, un calme étrange m'envahit peu à peu et j'arrive à libérer sa patte du piège à loup. Mes mains se sont un peu écorchées au passage, dissipant un peu mon impression de vivre un rêve.

Je relève alors la tête et mon regard plonge dans le sien. Je ne sais pas très bien ce qui s'est passé ensuite, j'ai l'impression d'avoir plongé dans cet univers de chaleur, de vie et d'étoiles. C'était mon premier contact «physique» avec mon totem. J'ai émergé de cet univers lorsque le raton laveur m'a léché la joue et s'est éloigné de moi doucement. Je me souviens l'avoir observé me regarder une dernière fois puis disparaître dans le sous-bois.

A ce moment-là, je me rends compte que quelqu'un est en train de crier mon nom. Mon regard se pose alors sur le piège à loup, où une touffe de poils du raton laveur s'est accrochée. Je la détache avec précaution et la place dans mon portefeuille, je me relève ensuite en vitesse et, après un dernier regard pour l'endroit où a disparu le raton laveur, je regagne le car.

Les jours suivants, mon totem m'apprivoise en me faisant rêver de ratons laveurs dont je ressens les humeurs, avec qui je me rends à ma mare et, sous les étoiles, je retrouve un calme que je n'ai plus connu depuis longtemps. Je transforme la touffe de poils en pendentif pouvoir la garder sur moi sans l'abîmer.

De jour, mon comportement change peu, je cherche le moins possible les emmerdes, et, comme le Grizzli est revenu et qu'on partage ensemble nos repas, Waine et ses séides me fichent la paix pour le moment.

Pendant ces repas, Grizzli me décrit les membres des Red Rockets et m'explique pourquoi il a décidé de les rejoindre. Il me raconte que lui aussi avait aidé l'un des Red Rockets, et sa récompense avait été d'être accepté parmi eux. A son grand étonnement et au mien, je me dégèle à son contact et je lui demande comment je dois me comporter pour éviter de provoquer les Red Rockets. Peu à peu, je commence à évoquer à mots couverts l'entreprise de mon père, sa faillite et les petits boulots, les examens ratés exprès... Grizzli apprécie mes confidences, comprend ma rage impuissante face à ces magacorporations qui ont détruit la vie de mes parents et la mienne. Peu à peu, notre relation s'approfondit.

Tant et si bien que le jour où je dois me rendre au skate park, Grizzli décide de venir avec moi. Il m'emmène à l'arrière de sa Viper et nous arrivons à l'heure du rendez-vous. Un groupe de motards, composé d'humains et de méta humains, me dévisage tandis que je descends de la moto. Je rends le casque à Grizzli, et m'avance tranquillement vers le squatt de la bande, que Grizzli m'a indiqué comme étant le chef. Je m'arrête à dix pas, au fond de la fosse du skate park et attends qu'il m'adresse la parole.

Et, comme Grizzli l'avait deviné, c'est d'abord à lui que le squatt s'adresse :
«C'est ce type qui t'a sauvé la mise l'autre jour ?
Oui, Chef.
Et c'est lui qui conviendrait pour le job ?
A vous de voir, Chef.»
Le squatt me dévisage, tandis que mon pouls s'accélère.
«Qu'est-ce que tu veux, comme récompense, mon gars ?
Devenir l'un des vôtres.
Tu manques pas d'air ! Qui te dit que nous, on a envie de te laisser te joindre à nous ?
Mettez-moi à l'épreuve ! Je peux sûrement vous être utile.»

Le squatt me jauge du regard, et murmure : «Tu fais confiance à Grizzli, et Grizzli te fait confiance, alors cela ira pour moi, mais auras-tu confiance en un ramassis de voleurs comme nous ?» Je le regarde droit dans les yeux et lui demande : «Vous en doutez ?» Il sourit et hurle : «Aventi !»

Heureusement que Grizzli m'a prévenu ! Les motards s'élancent, me frôlent à moins d'un cheveu, se croisent, reviennent sur moi en vrombissant ! Surtout, garder les yeux ouverts et ne pas bouger, ou je finirai en charpie, je dois leur faire confiance. Alors que la danse des motos devient de plus en plus effrénée, j'évoque en moi les images de la mare, des ratons laveurs et des étoiles pour garder mon calme.

Après un moment qui me paraît avoir duré bien longtemps que le dit ma montre, les motards sont revenus en haut du skate park. Le squatt me sourit et déclare : «Tu as montré ta détermination, tu es bienvenu parmi nous. On va te montrer notre planque.» Grizzli aussi me sourit tout en me tendant mon casque.

C'est ainsi que je suis devenu le guetteur des Red Rockets. Pendant que eux se chargeaient de toutes sortes d'opérations, j'étais chargé de surveiller l'arrivée de la Lone Star ou des autres sociétés de protections et de me barrer avant de me faire prendre. Je gagnais ainsi bien mieux ma vie qu'en tondant les pelouses ou en promenant les petits chiens, même si je continuais à le faire pour me couvrir. En général, je me faisais «doubler» par les motos de la bande lors de leur fuite, je les rejoignais ensuite au quartier général.

Mon totem continuait à me montrer des rêves dans lesquels je manifestais des capacités magiques. Au fur et à mesure que ces rêves devenaient plus précis, j'ai pris la décision de construire ma première loge chamanique dans ma chambre. J'ai ainsi appris certains sorts et la lecture d'auras astrales.

Bizarrement, mes notes et celles de Grizzli remontèrent, car à force de chercher toutes sortes de jeux de mots sur nos cours, nous les retenions mieux. Même si nos résultats n'étaient pas mirobolants, nous avons réussis à passer dans les classes supérieures les trois années suivantes. Mes parents étaient ravis de l'influence bénéfique qu'avait Grizzli sur moi, et me laissaient très facilement aller «réviser» chez lui.

Mais cette nouvelle période où je pensais avoir enfin trouver un équilibre se termina abruptement. Un soir où j'étais sensé être en train de réviser un contrôle de mathématiques chez Grizzli, la bande des Red Rockets s'est réunie pour pouvoir attaquer un entrepôt de la corporation BMW. Je me poste au coin de la rue, prêt à prévenir Grizzli si un véhicule se pointe.

Le casse devrait durer un quart d'heure entre l'ouverture de l'entrepôt, le chargement du camion et le départ. Rien de bien méchant, somme toute. C'est juste que ce quartier, on l'a déjà attaqué plusieurs fois au cours du dernier mois. Un étrange pressentiment me tord les entrailles. Comme à chaque fois que je sens le stress monter, j'essaie de visualiser le chemin qui mène à ma mare. Ce soir-là, je n'aurai pas le temps de l'atteindre.

Un coup de feu éclate, brisant le silence et me faisant sursauter. D'autres suivent, tous venant de l'entrepôt. Je dois déguerpir, je commence par jeter le talkie qui me relie à Grizzli, comme nous nous l'étions promis. Il m'avait expliqué que je ne devais jamais me faire prendre avec. Parano comme il l'était, Grizzli l'avait mis sous cellophane pour que la Lone star ne trouve ni mes empreintes ni mes cheveux dessus. Conformément à ses instructions, je fourre le cellophane dans ma poche, à côté des restes de mon repas.

Les motos et le camion tournent au coin de l'entrepôt, roulant à vive allure. Ils me dépassent sans s'arrêter et je ressens un vide à leur passage. Mon esprit se projette et remonte leur file, je cherche, mais qu'est-ce que je recherche au juste ? Brusquement, je comprends d'où me vient cette sensation de vide, l'aura de Grizzli ne se trouve pas parmi eux.

Je reviens brutalement dans mon corps, des frissons me secouent de la tête aux pieds. Où Grizzli a-t-il bien pu passé ? S'il était blessé, je l'aurai senti quand même... Au mépris de tout ce que je suis sensé faire, prudemment, je m'avance dans la ruelle.

Dieu que la ruelle est longue ! De l'entrepôt, au loin, je vois des hommes qui s'agitent, ils essaient de circonvenir l'incendie, je suppose que les Red Rockets se sont servi de leurs grenades incendiaires. Des caisses empêchent qu'on me voit pour le moment. C'est alors que j'aperçois la moto de Grizzli, une balle bien placée a fait exploser son réservoir. Des sueurs froides me coulent le long de l'échine. Je n'arrive pas à localiser Grizzli, il faudrait que je m'avance à découvert, cette option est trop risquée, il ne me reste qu'un moyen de le localiser, la projection astrale.

Je me cale entre deux caisses dans un coin sombre, espérant que cela suffira pour dissimuler mon corps pendant que mon esprit le quittera. Je me projette, mon esprit se faufile entre les caisses. Examinant les moindres recoins, je finis enfin par retrouver Grizzli, à l'arrière d'une camionnette de la Lone Star avec un autre gars de la bande, Jacal. J'examine rapidement Grizzli, il est salement touché et personne ne semble préoccupé par ses blessures. Des employés de la Lone Star sont en train de l'interroger.

Il faut que j'aille prévenir le squatt, ces types ne sont pas assez nombreux si les Red Rockets reviennent en force ! Je retourne en vitesse dans mon corps, et sors de ma cachette, direction la planque. Mais je n'aurai jamais le temps de prévenir les autres, une électromatraque me caresse le crâne à la sortie de la ruelle.

Les semaines suivantes, je me fais interrogé pas toujours gentiment par la Lone Star. Je clame mon innocence, la seule raison de ma présence dans cette ruelle étant officiellement une curiosité un peu mal placée pour les incendies et les coups de feu. J'étais en train de retourner chez moi.

Heureusement pour moi, mes parents m'ont voulu savoir où j'étais dès le lendemain via mon téléphone portable. Quand les gars de la Lone Star leur ont répondu à ma place, mes parents sont tombés des nues. Comment ? Leur petit Jimmy était aux mains de la Lone Star ? Mais pourquoi ? Ils ont alors engagé le meilleur avocat du quartier et ont tout tenté pour me sortir de là.

Pendant ce temps-là, on m'affectait un nouvel inspecteur, chargé de me faire comprendre que j'étais en grand danger, qu'il valait mieux que je dise exactement ce que je fichais là-bas, ainsi que tout ce que j'avais vu pour aider à mettre ces dangereux voyous derrière les verrous. Je m'en tenais à ma version, déclarant que je ne voyais pas de quoi il paraît. Le pot aux roses, c'est quand le gars s'est cru obligé de me dire que je n'avais pas à craindre les représailles des Red Rockets, que je serai protégé par la Lone Star. Bref, je continuais à être en taule parce qu'il voulait me protéger.

J'aurai pu m'en tirer assez facilement, si l'attaque n'avait pas fait un mort parmi les gars de la Lone Star. Lorsque ce pauvre type a passé l'arme à gauche dans sa chambre d'hôpital, cela les a rendu furieux, ils m'ont fourré le talkie sous le nez en me hurlant dessus pour me faire avouer. C'est à peu près à ce moment-là qu'ils ont appris que l'un de mes meilleurs potes faisait partie des Red Rockets. Mais je n'avais pas cherché à le cacher, j'oubliais juste de leur dire que j'en faisais partie moi aussi. Je jouais les naïfs quand les gars de la Lone Star me décrivaient les activités des Red Rockets.

Ils ont essayé de nous monter les uns contre les autres, me disant qu'ils m'avaient dénoncé, et vice-versa. Dieu merci, ils ne se sont pas aperçus que j'étais un Eveillé, et, à chaque fois qu'ils m'annonçaient que Grizzli ou Jacal avaient tout balancé, je restais de marbre ayant assisté par voie astrale à l'interrogatoire. Jusqu'au jour où Jacal a craqué et m'a dénoncé comme guetteur, il a même signé ses aveux. C'était désormais sa parole contre la mienne.

Je suis donc passé en jugement, et j'ai écopé d'une peine de prison, pour non assistance à personne en danger vis-à-vis du gars de la Lone Star décédé. Le témoignage de Jacal aurait pu me faire écoper de bien plus, mais mon avocat a été suffisament intelligent pour appeler Grizzli à la barre qui a confirmé tous mes dires.

Mes parents ont été effondrés d'apprendre que je partais pendant un an dans une prison d'état. En voyant leur air peiné, j'ai compris que je devais faire un choix pour ne plus leur faire de mal: soit je rentre sagement dans le rang, en faisant une croix sur ma vengeance sur ce maudit système imposé par les mégacorporations, soit je fais en sorte que la Lone Star et les autres corporations ne remontent jamais jusqu'à moi.

Je me suis décidé pour devenir un shadowrunner. En prison, j'apprends le nom d'un decker, Drunken Nightmare, qui serait capable d'effacer mon SIN. Dès ma sortie de prison, je le contacte et m'endette afin de mettre mes parents à l'abri de mes frasques. Puis, je me prépare à déménager, rester dans ce quartier ne me dit rien car je suis fiché comme délinquant même si mes parents ont toujours défendu mon innocence.

Le squatt et les autres membres de la bande m'offrent une Rapier, en me souhaitant bonne chance pour la suite. Je leur demande de me tenir au courant de la sortie de prison de Grizzli. Puis je pars pour Seattle où Ice, un ami des Red Rockets, m'aide à m'installer. Ma nouvelle voisine s'appelle Jaina, elle est infirmière et plutôt jolie, elle m'a proposé de m'aider à transporter mes cartons et à venir boire un thé chez elle un de ces jours. Grizzli m'a aussi confié le numéro d'un ex-journaliste, qui l'avait aidé à trouver des petits boulots avant qu'il parte pour New York, j'en ferais bon usage.

Je rouvre les yeux sur ma chambre, et repense à ma planque. Encore quelques coups de pinceau et ma nouvelle loge chamanique sera prête. J'enfile mon manteau, récupère mon téléphone. L'enveloppe dans une main et mon seau de peinture dans l'autre, j'adresse une pensée à tous ceux que j'ai laissés à New York : «On se reverra bientôt, dès que j'aurai fini de rembourser ma dette et de faire payer Ares et tout ce maudit système...»

>> Ce jeune homme a des alliés... utiles.
> Crescendo

>> "Il ne faut pas se fier aux apparences", je pense que c'est la citation qui lui convient le mieux.
> Sober Dream